RESIDENCE dARTISTE.
Au long de six semaines
au centre calvé de la fondation Hopale
A BERCK SUR MER.
Mes après-midi
étaient rythmées par les horaires de soins, chaque jours je minstallais au même
endroit à 14 heure précise.
Avant de commencer à modeler, jinstallais autour de moi quelques sculptures déjà
réalisées et jaffichais aux murs, les textes, fruit de rencontres des jours
précédentes.
Rapidement je retrouvais des visages connus, nous nous appelions par nos prénoms et je me
laissais gagner par une gaieté ambiante qui faisait souvent mon étonnement. Tantôt je
modelais dans un flot de fauteuils roulants, saluant dun sourire, les uns et les
autres. Tantôt jétais le centre dune joyeuse bande discutant bruyamment.
Parfois, de regards croisés en confidences, des conversations graves et intimes
sengageaient toujours respectées par les visiteurs occasionnels qui dinstinct
passaient leur chemin
Il arrivait aussi que
nos échanges portent sur mon travail, le modelage en cours ou le sens de ma présence
dans ce couloir
le sens de ma démarche.
Certaines conversations avaient pour point de départ mes textes affichés en gros
caractères, lisible dun fauteuil
Les voici dans lordre
chronologique : |
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TRÈS SPEED.
Le visage
anguleux, le poil dru, il ma dabord expliqué que cétait un
fauteuil de basket. Ce nest pas le dernier modèle, mais il est très maniable et
rapide. Assis devant ma sellette, une boulette dargile dans la main, je le regardais
cultiver son image de sportif
Vous faite partie de léquipe de Berck ?
Tournant sur lui-même, en équilibre sur les roues arrières ; Oui, jai un
entraînement ici dans un quart dheure.
Ce
nest pas si souvent que je croise la passion et une balle, ça se
relance !
Jai suivi un match à la télé
Cétait
rapide et spectaculaire
et dangereux aussi, surtout pour les mains et les
doigts
Le fauteuil retombe et vigoureuses, les deux mains osseuses me montrent leurs
cicatrices. Je suis né avec un problème
mais je peux marcher. Je peux
marcher
enfin, pas trop longtemps, mais je peux marcher. Tenez, comme lui, je peux
marcher lentement, je peux
enfin, pas longtemps, parce que
Après ce sont les
épaules et le dos qui trinquent et tout sen suit
Ils ont voulu mopérer mais jai refusé.
Je suis comme je suis, cest la réalité, je suis comme ça. Sils
mopèrent, je ne sais pas comment ce sera après
On me demandera, je ne sais
quoi. Comment ça tournera ?
Les bras pendants, vrillé sur lui-même : cest un autre modèle,
un fauteuil américain, un peu lourd, le mien est très léger, il nest plus tout
neuf mais entièrement réglable, avec des boyaux, oui des boyaux gonflés à dix
bars
en trois tours de roue je suis à 30 km/h !
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Souvent vous louez ma
patience
et cela me parait incongrue.
QUELLE PATIENCE !
De la patience ?
De la patience pourquoi ?
De la patience pour écouter et voir ?
Patienter pour respirer avec vous le temps, tel quil coule ?
Pour fixer dans la terre vos silhouettes, cheminant, roulant, boitant
me
souriant ?
Dans ce long passage où je vous rencontre, je connais la surprise et le trouble
Mais pourquoi diable aurai-je besoin de patience ?
Pourquoi ?
Je patiente sur le quai, le train surviendra peut-être ?
Je patiente, face à ladministration
Je patiente sur le périphérique.
Je patiente ?
PATIENCE.
De séances de kiné
en soirées solitaires, vous patientez.
Despoirs déçus en confiance retrouvée, vous patientez.
Vous patientez jusqu'à ce que vos priorités dhier vous semblent naïves.
jusqu'à sentir la joie simple dans un sourire échangé comme au fond de vous-même.
Vous avez perdu votre superbe en même temps que votre solitude.
Vous patientez dans un temps qui vous appartient.
Je suis content dêtre avec vous.
et d'apprendre.
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